Affiche du gouvernement & Slogan

 

 

Dans le but de rallier de nouveaux membres à leurs causes, de recueillir de l’aide ou un soutien ou bien tout simplement de montrer leur détermination, les deux belligérants ont créé et diffusé de nombreux articles, émissions radio ou affiches. Les deux supports que nous allons étudier par la suite n’ont donc pas été pensés par des artistes à proprement parler mais par des partisans de l’idéologie républicaine.

Nous commencerons par étudier cette affiche de propagande, puis nous parlerons du slogan No pasaran.

 

 

 

                Cette affiche de propagande a été commandée et diffusée par le ministère de la propagande en 1936. Sa réalisation est attribuée à Juan Antonio Morales, l’un des artistes espagnols qui produisirent le plus d’œuvres pour le gouvernement durant la Guerre civile.

 

Différents personnages sont représentés sur un bateau portant l’inscription «Junta de Burgos, Lisboa». Burgos, est une ville du nord de la péninsule ibérique. Il s’agit aussi de l’endroit où était placé le siège militaire des rebelles pendant la Guerre. Lisboa, qui correspond à la traduction de Lisbonne en espagnol, fait référence au soutien que reçu Franco du Portugal. En effet, tous les soutiens que Franco reçus sont distillés sur cette affiche. Au premier plan, en rouge, on peut voir un prêtre représentant  le catholicisme espagnol qui soutient majoritairement les nationalistes. Son regard est tourné vers le ciel, ce qui donne l’impression que s’il participe et encourage cette Guerre civile, c’est pour Dieu. En réalité, le gouvernement républicain réduisait petit à petit l’importance de l’Eglise, elle espérait donc la retrouver si les franquistes arrivaient au pouvoir. Cet intérêt pour les bonheurs terrestres est mis en valeur par la toilette très soignée du prêtre et l’énorme bague qu’il porte à son doigt. A sa gauche, un militaire à moustache représente l’aide de Mussolini, c’est en effet un soldat italien. Celui-ci semble prêt à tirer à l’aide de son canon miniaturisé. D’autres armes sont présentes, tenus par les cinq marocains. Les trois présents dans la calle du bateau possèdent en effet des fusils et semblent à l’affut d’un quelconque danger, tandis que l’un des deux autres marocains présents, au fond du bateau cette fois-ci, tient le fusil sur son épaule, comme rassuré. A la droite de celui-ci se trouve le dernier homme de l’affiche : un allemand portant l’insigne nazi, Hitler ayant aidé les Nationalistes par un envoi d’armes, tout comme Mussolini.

Tous ces personnages ont une mine grave qui donne l’impression d’une politique à venir austère et dure. Seul le prêtre qui semble adresser un petit salut de main est souriant, ce qui crée un paradoxe surprenant avec le rôle de pacificateur qu’il est censé jouer. Mais malgré cet air sérieux, l’observateur de cette affiche peut trouver risible la réunion de tous ces personnages sur un même bateau. Il y a depuis toujours eu de fortes tensions entre les marocains et les européens et voilà qu’ils s’allient pour aider les franquistes. Il faut aussi savoir que les deux dictateurs représentés ne cherchaient tout d'eux qu'à étendre leurs régimes totalitaires respectifs, l’intervention d’Hitler et de Mussolini servait donc seulement des intérêts personnels. De plus, l’écriture en bas de l’affiche : Los Nacionales fait comprendre au passant que les nationalistes ne sont rien d’autre qu’un groupe d’individus qui n’ont à priori rien à faire ensemble et qui par leurs costumes colorés font plus penser à des carnavaleux qu’à des rebelles. C’est donc une façon de rabaisser les franquistes en pointant du doigt un manque de cohérence : ces personnages sont tous dans le « même bateau » alors qu’ils n’ont rien à faire ensemble !

Si l’on regarde maintenant sur le mat de ce petit navire, on peut voir un volatile, probablement un vautour, ce-dernier étant associé au général Francisco Franco. Le regard de celui-ci, dirigé vers le bas, attire l’attention du spectateur vers le mat et ce qui y est suspendu. En effet, on peut voir une carte de l’Espagne qui semble pendue par une corde et juste derrière celle-ci, une phrase, le slogan des franquistes : Arriba españa. Cette association cherche à démontrer que sous la domination de Franco, l’Espagne court à sa perte. La présence du vautour n’en devient qu’encore plus inévitable : cet animal est un charognard. Cela veut donc dire qu’il ne tue pas pour se nourrir mais attends de voir la carcasse d’un animal mort abandonné pour s’en emparer. Son regard rempli de joie dirigé vers la carte espagnole et le fait qu’il semble sourire, indique une mort prochaine. En effet, les vautours sont connus pour rôder autour des proies blessées qui sont sur le point d’expirer.

 

                Par cette affiche,  le gouvernement républicain cherche à faire réagir la population et ainsi réunir de nouveaux partisans de son propre côté. En effet, comme nous l’avons vu, si l’on peut d’abord croire à une affiche pro-franquiste, on se rend vite compte que le ministère de la propagande tourne son ennemi en dérision. Il a probablement choisi ce support car celui-ci est visible et compréhensible par tous.

 

 

NO PASARAN !

 

                No Pasaran est un slogan utilisé par les partisans de la Seconde République espagnole durant la Guerre civile et est destiné aux rebelles nationalistes.

Cette phrase est encore célèbre de nos jours et il reste associé à Ibárruri Gómez, surnommée La pasionara, car c'est elle qui le prononça pour la première fois. Elle le fit avec vigueur le premier jour de la lutte dans un discours radio. Beaucoup de personnes ont donc pu l'entendre, ce qui explique qu'il devint durant le siège de Madrid le cri de ralliement républicain. A l'origine, il viendrait de Robert Nivelle qui dit pendant la bataille de Verdun: « Ils ne passeront pas ! »

Quand les franquistes défileront dans Madrid en signe de victoire, ils répèteront en cœur « Han pasado ! », une façon de tourner les vaincus en dérision.

Il s'agit donc d'un symbole de la résistance antifranquiste. De nos jours, un réseau luttant contre les fascistes porte ce slogan comme nom. De plus, l'une des Pussy riot (groupe musical russe ayant fait scandale il y a peu de temps pour avoir chanté des paroles clairement contre Poutine dans une église) portait ce slogan sur son tee-shirt en 2012.

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