Max Ernst - L'ange du foyer

 

 

Né en Allemagne, cet artiste abandonne rapidement ses études de philosophie et d'histoire de l'art, pour se consacrer à ses différentes passions : la sculpture, la poésie et enfin la peinture. S'il commence par s'intéresser à l'expressionnisme allemand, en rejoignant et exposant avec le groupe Der Blaue Reiter, Max Ernst change rapidement d'horizon artistique en fondant le groupe des Dada de Cologne avec deux activistes sociaux. A partir de 1913, il se rend à Paris et apprend de nouvelles techniques auprès des artistes surréalistes de Montparnasse. Il sert aux côtés de l'armée allemande durant la 1ère Guerre mondiale. Ce n'est qu'après celle-ci, en 1919, que Max Ernst commence à peindre de façon professionnelle. Durant ses débuts artistiques, il produit principalement des œuvres à base de collages.

Dès le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Max Ernst est arrêté comme étranger ennemi et interné dans le camp des Milles près d'Aix-en-Provence duquel il ne réussira à sortir qu'en 1941. Il s'en ira alors pour les Etats Unis jusqu'en 1953, date de son retour en France.

Max Ernst est un artiste qui aura su marquer de son influence le grand mouvement surréaliste des années d'entre-guerre. De plus, lors de son séjour en Amérique, il aidera au développement de l'expressionnisme abstrait.

Il collabora aussi avec l'artiste que nous venons de voir, Joan Miro, dans le cadre des décors d'un ballet.

Il a réalisé l'œuvre ci-dessous, que nous allons analyser, vers 1937, soit en pleine guerre civile.

 

 

 

            Max Ernst a nommé ce tableau L'ange du foyer, nous verrons plus tard qu'il s'agit d'un titre totalement ironique.

On peut voir sur presque toute la surface du tableau une sorte d'énorme monstre en pleine action. Il nous apparaît comme en train de piétiner avec violence le sol en dessous de lui, dans un mouvement très violent. Ce monstre représente sans aucun doute le mouvement fasciste. On peut en effet bien voir dans la laideur de cette créature celle de ce mouvement qui sème la violence et la mort afin d'arriver à ses fins. Cette difformité représente donc l'horreur qu'inspirent  les nationalistes à l'auteur. Du fait qu'il occupe presque toute l'œuvre, on peut penser que cela montre la montée de sa puissance en Espagne. De plus, comme dit précédemment, le tableau a été peint durant la Guerre Civile, son action de destruction représente donc la violence que repend le fascisme afin de s'imposer dans le pays. Mais malgré sa difformité apparente, ce monstre a des caractéristiques humaines. En effet, il possède les quatre membres d'un corps humain et une tête, ce qui signifie que derrière le mouvement en général, Max Ernst accuse tous les partisans qui aide les franquistes, de quelque manière que ce soit. On peut d'ailleurs constater qu'il sourit, ce qui donne l'impression qu'il prend du plaisir à la destruction qu'il est en train d'accomplir. En effet, les fascistes tuent alors des milliers de personnes, qu'ils s'agissent de leurs opposants ou de simple civils, comme à Guernica. Mais malgré cela, cette Guerre les remplit de joie car elle symbolise la possibilité de leur arrivée prochaine au pouvoir. C'est ce qui fait naître un horrible paradoxe que l'on retrouve dans la créature de Max Ernst: un réel plaisir est pris à détruire. Du fait de ce sourire et de la position déstructurée de son corps, on a l'impression que la destruction qu'il réalise est en fait une danse, il s'agirait alors d'une sorte de danse macabre, répandant la mort sur son passage. On peut aussi voir que le monstre porte une sorte d'habit multicolore qui, à mon avis, représente les diverses origines des nationalistes, qu'elles soient par rapport à leurs nationalités ou à leurs classes sociales. En effet, les révolutionnaires venaient et étaient aidés par différents pays, principalement par l'Allemagne et l'Italie, comme nous l'avons déjà vu. De plus, même si ce parti comptait principalement des généraux à sa tête, il était composé de personnes totalement  différentes, la seule chose les réunissant étant cette envie de faire remplacer le gouvernement actuel.

Mais malgré la véhémence du monstre à détruire tout ce qui se trouverait à sa portée,  on peut voir qu'il n'y a presque plus rien sur le sol. En effet, puisque celui-ci est en plein mouvement, on imagine que cela fait un moment qu'il frappe ainsi la terre et qu'il en a donc aplati tout le contenu. C'est pourquoi elle est marron sur le premier plan: elle semble avoir été comme labourée par le monstre et il n'en reste maintenant que de la boue dans laquelle se mélange tout ce qui faisait auparavant le paysage. Ce qui veut donc dire qu'à ce stade de la Guerre civile, en 1937, le fascisme a presque tout anéanti sur son passage. Cependant, en arrière plan, on peut apercevoir quelques montagnes qui surgissent de la terre. Elles représentent sûrement le peu de régions que les franquistes n'avaient pas encore conquis à cette époque. A cet endroit, l'herbe a encore l'air verte: il reste de la vie. Mais, du fait de leur taille et de leur position sur l'œuvre, en arrière plan, on peut penser que Max Ernst se rend bien compte que le fascisme est en train de gagner cette Guerre et donc de s'imposer définitivement. C'est pour cela que le ciel nous paraît être en train de se remplir petit à petit de nuages grisâtres qui semblent annoncer la pluie. Celle-ci pourrait représenter la tristesse dans laquelle le pays qui est progressivement vaincu par les franquistes va plonger sous peu. Néanmoins, puisque les nuages sont en train d'arriver et que le ciel n'est pas totalement envahi par ces derniers, on peut encore voir quelques parcelles de bleu, ce qui représente la possibilité que la situation s'arrange. Il y a donc encore quelque peu l'espoir d'un bonheur futur même si celui-ci disparaît peu à peu. Cet espoir, c'est la petite créature verdâtre sur la droite du tableau qui l'entretient. En effet, elle semble être en train de tenter de retenir le monstre dans sa destruction, en vain. Je pense que ce drôle d'animal peut avoir deux significations. Il peut représenter les républicains qui tentent d'empêcher que ce régime totalitaire s'impose en Espagne. En effet, on pourrait croire qu'il tente de combattre la grande créature. Mais du fait de sa petite taille, les Républicains avaient des moyens financiers et militaires inférieurs à ceux des franquistes, on se doute qu'il ne sera, justement, pas de taille à vaincre ce monstre. De plus, il semble être pris au piège dans l'habit du grand monstre: il est comme relié à celui-ci par quelque chose de gluant. Cela montre qu'il est en train de perdre le combat en cours et qu'il se fond donc dans la masse de la créature. On peut aussi voir ici qu'il devient petit à petit comme ce-dernier, voilà pourquoi il semble rentrer en lui, ce qui expliquerait pourquoi ce monstre-ci a encore moins forme humaine que l'autre. En effet, en voulant défendre une cause juste, les partis de gauche ont accepté cette Guerre civile et l'ont continué jusqu'au bout, illustrant alors à merveille la citation de Machiavel: La fin justifie les moyens. Mais il peut aussi représenter les artistes qui tentent en vain d'arrêter cette folie destructrice. Max Ernst dira d'ailleurs de cette petite créature que lorsqu'il la peinte il pensait alors à représenter un double de lui-même.

Le titre de cette œuvre nous apparaît bel et bien comme ironique. En effet, cet ange du foyer, serait donc ce grand monstre. Or, on est capable de voir en un seul coup d'œil qu'il a plus l'air d'un diable que d'un ange. Néanmoins, le mot foyer et très intéressant car il évoque un chez-soi où l'on se sent bien. Celui-ci donne alors l'impression que cette horrible créature, à savoir tous ces mouvements extrémistes qui n'ont que la haine à répandre, viennent de chez nous, de notre maison. Et au delà, que c'est la société elle-même, notre foyer à tous, qui les a créés. C'est donc une œuvre qui, par son titre, invite l'observateur à réfléchir sur le propre rôle que tout un chacun joue dans la montée des régimes totalitaires.

Dans un contexte plus large, ce monstre qui nous semble comme animé d'une réelle folie meurtrière, peut représenter toutes les destructions et horreurs qui sont à venir lors de la Seconde guerre mondiale. En effet, le conflit espagnol laisse présager cette guerre encore plus meurtrière et destructrice.