Picasso - Guernica

Pablo Ruiz Picasso est né à Málaga, en Espagne, le 25 octobre 1881 et meurt le 8 avril 1973 à Mougins, en France. C’est un peintre, dessinateur et sculpteur espagnol ayant passé l'essentiel de sa vie en France. Cet artiste utilisait tous les supports se trouvant à sa portée pour son travail. Il est l'un des plus importants peintres du XXe siècle tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques. Il est aussi considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braques, ce grâce à l’un de ces tableaux qui permit l’établissement de ce nouveau genre, Les demoiselles d’Avignon. Ce mouvement est influencé par les Arts Africains et par les peintures de Cézanne. Il géométrise les formes et fait apparaître plusieurs points de vues en même temps sur une surface plane.

Le 26 avril, l’aviation nazie, avec la bénédiction de Franco, bombarde la petite ville basque de Guernica, perpétrant ainsi le premier « bombardement totalitaire » de l’histoire. Celui-ci lui permet de tester les armes que l’armée allemande utilisera quelques années plus tard. Ce jour-là, Guernica est particulièrement peuplé : de nombreux réfugiés des environs sont venus dans l’espoir de pouvoir fuir en train; par ailleurs, c’est jour de marché.

Les premières bombes explosent à 16 H 30, s’en suivent alors deux heures trente d’horreur avant que les derniers avions ne s’en retournent en Allemagne. Les 50 appareils de la légion Condor ont lâché 50 tonnes de bombes incendiaires, et fait plus de 1800 morts et des centaines de blessés sur les 6000 personnes alors présentes.

Le retentissement international de l’évènement est immense. Franco tente alors de faire croire que la destruction de Guernica est due aux Basques républicains qui auraient dynamité le village à des fins de propagande.

Picasso est en France lorsqu'il apprend par la presse le bombardement, ce qui l’influence dans la réalisation de son œuvre, comme nous le verrons plus tard. Le peintre débute dès lors la réalisation du tableau et celui-ci peut être exposé à Paris, le 25 mai, moins d’un mois après donc, au pavillon représentant l’Espagne à l’Exposition universelle.

Ce tableau utilise comme technique la peinture à l’huile sur un support de toile. Il mesure 3,5m sur 7,8m et est conservé en Espagne depuis la mort de Franco, comme le souhaitait l’artiste au Musée Reina Sofia, à Madrid. Cette œuvre est un format à l’italienne, très allongée, qui permet ainsi de distinguer clairement 7personnages ou groupes de personnages. Ce tableau est figuratif et comporte des figures épurées et stylisées, ce qui traduit l’influence de Van Gogh et de Gauguin, ainsi que des arts primitifs, des surréalistes et des dessins enfantins. On peut voir des déformations qui nous apparaissent comme monstrueuses car les personnages sont vus de plusieurs points de vues : de face et de profil. Picasso a en effet cherché à établir la 3D sur une surface plane. Ce choix établie une suggestion de mouvement qui est renforcée par la fragmentation des formes et les positions obliques des personnages. Cependant, l’œuvre ne comporte aucun effet de perspective ou de luminosité, sauf au centre où l’on peut apercevoir un peu plus de lumière, donnant naissance à une pyramide et attirant l’œil du spectateur vers cet endroit. C’est cette pyramide qui permet de voir que le tableau est divisé très nettement en 3parties et qu’il s’agit donc un triptyque.

Les seules couleurs présentes sont le noir et le blanc. Cela rappelle la presse car, comme nous l’avons vu précédemment, Picasso a appris la nouvelle par les journaux. Cette influence est aussi présente sur le flanc du cheval blessé où l’on distingue des lettres d’imprimeries. Ces deux couleurs font aussi penser aux photos de guerres et expriment un sentiment de deuil. Elles forment aussi des contrastes de valeurs qui ne pourraient être aussi flagrants avec la présence de couleurs.

Nous allons maintenant voir les significations des sept personnages ou groupes de personnages qui sont représentés sur ce tableau.

A gauche, nous pouvons voir un taureau. Cet animal représente la force et la brutalité de la Guerre ainsi que celle du bombardement. Juste en dessous de lui, et criant la tête levée comme si elle le regardait, il y a une femme tenant un enfant. Celle-ci semble ainsi subir la puissance du taureau et jeter un cri impuissant vers le ciel, là d’où viennent les avions. Elle et son enfant représentent les victimes civiles, désarmés et innocentes. On peut aussi voir là une référence au christianisme à travers La pieta. Le peuple souffrant sans pouvoir se défendre est aussi représentée par la femme à droite mourant dans les flammes. Il y a là encore une référence au Christianisme car la position de son corps rappelle celle du Christ sur la croix. Les morts de Guernica sont ainsi élevés au rang de martyrs. On peut aussi voir une ressemblance avec El 3 de Mayo de Goya. En dessous d’elle, à sa gauche, une autre femme tente de fuir mais l’on voit que c’est en vain : elle est sur le point de tombée. Ces trois femmes semblent pleurer la liberté perdue. Si l’on regarde encore une fois vers la gauche, on peut voir un cheval blessé. Celui-ci correspond au peuple agressé et à la liberté mourante. Il y ici aussi une référence au christianisme puisque, comme le Christ, le cheval a une lance dans le flanc. Juste en dessous de celui-ci, on peut voir un soldat démembré qui montre toute la brutalité de la Guerre. Si l’on regarde plus attentivement sa main, on peut apercevoir quelques rides. De ce fait, il fait penser à un travailleur et est donc la représentation des républicains.

La source de lumière au plafond semble à la fois représenter une lampe électrique et un soleil, par les petits rayons qui l’entourent. Ainsi, on ne sait pas où se situe la scène, ce qui lui donne une portée s’appliquant à toute situation.

Cette œuvre traduit donc la brutalité : elle est présente partout dans le tableau, tout comme elle l’este dans l’Espagne à cette époque. On peut voir ici tout le chaos qui va conduire à une Espagne en morceaux, démembrée comme le soldat, en proie aux horreurs de la Guerre.

Néanmoins, on peut voir quelques symboles de paix sur ce tableau. En effet, une autre femme qui ressemble à une sorte de fantôme et arrive par une ouverture, porte une bougie. Elle peut représenter le flambeau de la paix mais, du fait de sa petite taille, on comprend que c’est une paix vacillante qui menace de s’éteindre à tout instant. D’autres légères lueurs d’espoir sont visibles dans la main du républicain : une fleur à côté d’une épée brisée.

 

Ainsi, dans son œuvre Guernica, Picasso dénonce l’horreur des bombardements et de la guerre. Bouleversé, il se sent mobilisé, se change en soldat mais puisque sa seule arme est son pinceau, son art devient tout à fait engagé.

Ce tableau est un exemple de l’art employé au service d’une cause (la cause républicaine). Il dénonce la barbarie des bombardements, l’horreur de la guerre, c’est un cri d’indignation qui est lancé. Picasso utilise des symboles et des éléments de la mythologie espagnole pour exprimer ses sentiments, c’est pourquoi ce tableau est devenu une véritable allégorie de portée universelle et un symbole de paix.