Contexte historique

 

 

Tout au long du XIXème siècle, l’Angleterre et la France conquièrent de nombreux territoires, devenant ainsi d’importantes puissances coloniales. A l’inverse, l’Espagne, suite à de nombreuses demandes d’indépendance de ses colonies, perd le peu de terres qu’il lui restait de son immense empire passé. L’économie ne s’en trouve qu’affaiblie puisque nombre de ses partenaires commerciaux de prédilection sont ainsi perdus. La guerre-éclair de 1898 contre les Etats-Unis d’Amérique n’arrange nullement la situation de la péninsule ibérique. Elle est obligée de se retirer après quelques mois, suite à la signature du traité de Paris, perdant alors de nombreuses îles, dont Cuba et les Philippines. De plus, elle avait investi dans cette guerre de nombreux hommes et une somme considérable, eux aussi perdus à tout jamais.

Pour ne rien arranger, et contrairement à la majorité de ses contemporains, l’Espagne, excepté quelques régions du nord du territoire, ne profite nullement de la révolution industrielle. La production reste majoritairement et profondément agricole tandis que les pays alentours accèdent à de nombreux progrès sociaux, technologiques et économiques.

Même si elle a eu la chance d’échapper à la première guerre mondiale, l’Espagne subit une tension toute équivalente à l’intérieur de son propre territoire. En effet, une minorité d’antagonistes religieux et d’anarchistes émerge, créant encore un peu plus de divergences au sein de la population espagnole, depuis toujours majoritairement très dévote. La Catalogne et le Pays basque sont les principales victimes de ses mouvements séparatistes qui peuvent se montrer très violents. En effet, les anarchistes ne sont pas célèbres pour leur pacifisme et iront sans scrupule jusqu’à la réalisation ponctuelle d’attentats. D’autres actes, plus doux, sont réalisés plus fréquemment, tels que les grèves, fermetures d’usines et création d’organisations sociales. Comme seule réponse à ce soulèvement, le roi Alphonse XIII appelle en 1923 le général Miguel Primo de Rivera au gouvernement. Celui-ci, dès son arrivée, prend deux mesures : il dissous les Cortes (à savoir les différents parlements espagnols) et proclame la loi martiale. Ainsi, le maintient de l’ordre est assuré par l’armée, et certains droits fondamentaux, tels que le droit des citoyens à se rassembler et à manifester où le droit de ne pas être emprisonné sans fondement judiciaire, sont indéniablement supprimés. Après l’occupation de Barcelone, le général s’assure le soutien de l’armée et de l’église et instaure très rapidement une dictature militaire. Cette période historique est connue comme le coup d’Etat de septembre 1923. Le roi pense certainement avoir ainsi réussi à maîtriser l’indomptable : les idées et pensées de son peuple !

Néanmoins, aux élections municipales d’avril 1931, les républicains s’imposent et, c’est apeuré mais sans abdiquer qu’Alphonse XIII part en exil « volontaire » pour Rome. Le gouvernement révolutionnaire provisoire proclame alors l’avènement de la seconde République espagnole dont la présidence est confiée à Niceto Alcala-Zamora. Cet homme politique fut d’abord monarchiste mais, déçu comme nombre de ses compatriotes par le comportement du roi lors du coup d’état, il devient militant de l’opposition et finit par se convertir aux idées républicaines en 1930. Ainsi, l’Espagne connaît de nouveau une république et comme au XIXème siècle, c’est pour faire face à des difficultés financières et à une réelle misère sociale qu’elle a été instaurée. La population espagnole espère néanmoins, en vain, que ce régime aura plus de succès dans la durée que précédemment.

Les cinq années suivantes sont cinq années de conflits politiques dans lesquelles on distingue deux groupes opposés : d’une part les conservateurs et les cléricaux soutenant le groupe agraire, représentés par les phalangistes ainsi que les démocrates chrétiens et le parti du renouveau espagnol et d’autre part, les forces progressistes. Ces dernières sont divisées en différents partis aux idéologies diverses mais regroupe principalement des républicains, des radicaux, des socialistes, des syndicalistes et des communistes. En novembre 1933, ce sont les droites qui reprennent le pouvoir par la majorité aux élections législatives tandis que le pays sombre dans une période de grèves et de nombreuses instabilités sociales. Un nouveau parti fasciste fait alors son apparition : la Phalange, fondé par José Antonio Primo de Rivera, fils du dictateur précédant le règne d’Alphonse XII, Miguel Primo de Rivera. En février 1936, c’est cette fois-ci le Front populaire qui remporte les élections législatives face au Front National et au centre, représentant à lui seul tous les partis de gauche. Un gouvernement radical socialiste souhaitant élaborer un gouvernement plus humain et faire de l'Espagne une grande démocratie est formé sous la direction de Santiago Casares Quiroga. Aussitôt après les élections, un accent de violence voit le jour contre la Phalange, les corps de police s'affrontent entre eux. La garde civile, dirigée par les partis de droite se bat contre Los asaltos, sorte de police des partis de gauche. En mai, Niceto Alcala-Zamora est destitué après avoir dissout les Cortes afin d’empêcher de nouvelles élections que demandait l’un de ses opposant : José Maria Gil-Robles, un politicien du CEDA (Confédération Espagnole des Droits Autonomes), famille politique rassemblant plusieurs petits partis de droites. Il est alors remplacé par Manuel Azaña qui devient le second président de la deuxième République espagnole tandis que l’opposition se met en place de manière plus marquée, dirigée par un groupe de généraux. Ces instabilités politique, économique et sociale ajoutées à la division d’un même peuple en deux groupes aux idéaux radicalement opposés, marque le départ d’une guerre civile qui durera de 1936 à 1939. Elle aurait aussi été précipitée par l’assassinat d’un leader de droite par los asaltos le 13 juillet 1936.

Durant ces trois longues années les Républicains, du gouvernement de Madrid, aussi appelés légitimistes, s’opposeront aux rebelles conduits par Francisco Franco : les Nationalistes, aussi appelés fascistes par les Républicains. Ces derniers refusent catégoriquement la nouvelle gestion du pays, toujours plus anticléricale et très fortement orientée à gauche et cherchent à le remplacer par un Etat-Nation. En opposition à cette idéologie commune qui rassemble les Nationalistes, les Rouges, autre nom des Républicains, appartiennent à différents partis et la seule chose les réunissant est leur but commun : maintenir la mise en place du gouvernement actuel. Ceux-ci ne seront aidés que par l’URSS, par un apport d’hommes et d’armes. 

Les différentes démocraties alentours, la France et l’Angleterre plus particulièrement, ne vont pas prendre part au conflit. En effet, Léon Blum, dirigeant socialiste de la France à l’époque des faits, veut lui aider le gouvernement espagnol qui se retrouve totalement désemparé face à la rébellion fasciste. Néanmoins, le Royaume Uni n’est pas dans les mêmes dispositions. Il préfèrerait établir un compromis avec les dictatures allemande et italienne afin d’apaiser la situation mondiale qui est pour le moins tendue. Les radicaux Français deviennent eux-mêmes réticents face à cette volonté du gouvernement britannique, la droite quant à elle, s’en réjouit. Blum propose alors un pacte de non intervention dans lequel les principales puissances mondiales, dont l’Allemagne et l’Italie, s’engage à ne fournir aucune arme et aucun soldat à l’un des deux camps : le monde accepte de fermer les yeux sur cette situation dramatique. Mais bien entendu, ce ne fut là qu’un marché de dupes, Hitler et Mussolini envoient d’abord secrètement mais très rapidement ouvertement des armes lourdes et légères ainsi que des hommes en Espagne pour soutenir les Fascistes. L’aide de l’Italie sera déterminante à plus d’un titre par l’apport de 70 000 hommes, de grosses sommes d’argent et de nombreux matériaux de guerre. Les autorités françaises, quant à elles, respectent l’embargo car la gauche alors au pouvoir est anti fasciste mais elle est aussi pacifiste, ce qui ne sera pas toujours compatible. Néanmoins, et c’est là le seul soutien que le gouvernement Français peut apporter, elles ferment les yeux sur le trafic d’armes qui envoient quelques matériaux.

 

Une photographie de Robert Capa, se rend plusieurs fois en Espagne pendant la Guerre civile et passe beaucoup de temps à Madrid, une ville sévèrement pilonnée et bombardée. En octobre 1938, il se fixe à Barcelone, menacée alors par les bombardements et l’avancée rapide des troupes fascistes. Certaines de ses photographies les plus poignantes documentent l’exode de la ville vers la frontière française qui a lieu en janvier 1939.

 

Cette révolte débute le 17 juillet 1936 dans des garnisons militaires espagnoles situées au Maroc avec le soutien des troupes coloniales. Cet évènement entraîne rapidement d’autres refus d’obéissance, cette fois-ci dans différentes régions de la péninsule ibérique. En effet, dès le lendemain, un message codé signifiant le départ du soulèvement militaire est émis par ondes radio : Sur toute l’Espagne le ciel est sans nuage. L’Espagne a déjà connu plusieurs coups d’Etat mais celui-ci se différencie des précédents par son organisation très cadrée et un soutien que l’on ne peut négliger. En effet, il est ici dirigé par une poignée de généraux et soutenu par la majorité de l’armée, la légion étrangère et les garnisons marocaines. Les nationalistes sont installés sur les deux rives du détroit de Gibraltar et font passer leur troupes en Andalousie, c’est le général Francisco Franco, jusque là exilé, qui prend la tête des troupes. Entre le 18 et le 20 juillet, ce sont plusieurs grandes villes telles que Séville, Grenade, Saragosse, Majorque et Valladolid, qui tombent. Et quelques jours plus tard ce sont 29 grandes villes qui sont occupées. En effet, les révolutionnaires ont une force armée non négligeable, 45 000 militaires de métier les soutiennent, ce qui place le gouvernement en infériorité numérique. Celui-ci ne s’était certainement pas attendu à un déploiement d’une telle force et ce n’est que vers la fin du mois de juillet que, paniqué, il commence à armer des milices militaires. Mais cela ne suffit pas à arrêter ou ne serait-ce qu’à freiner l’offensive déclenchée dans le sud de l’Espagne : les rebelles continuent de marcher vers Madrid. Néanmoins, les 47 000 hommes encore situés au Maroc qui représentent une importante partie des troupes rebelles sont bloqués par la marine et l’aviation, toujours sous le contrôle du gouvernement. Les insurgés trouvent tout de même rapidement une solution en établissant un pont aérien en Andalousie qui, grâce à 10 bombardiers, va permettre le débarquement d’une première partie des troupes basées au Maroc. Ce stratagème est mis en place avec l’aide des dictateurs Hitler et Mussolini tandis que l’URSS prend position pour la République en envoyant du matériel de guerre au gouvernement de Madrid. Cette guerre civile qui ne devait être, selon les généraux rebelles, qu’un simple coup d’état prend donc une dimension internationale. C’est alors que sont crées Las Brigadas Internacionales. Ces brigades internationales qui sont encadrées par l’URSS se composent de volontaires antifascistes venant de 53 pays différents. On estime que durant la durée totale de la guerre, entre 32 000 et 35 000 volontaires servirent dans les Brigades Internationales bien qu’il n'y eut cependant jamais plus de 20 000 brigadistes présents sur les fronts de la guerre civile au même moment. Quinze mille d’entre eux moururent au combat. C’est le 7 novembre 1936, suite à l’offensive Franquiste, que ces hommes remplis de courage prennent pour la première fois part au combat. Dès cet automne, Madrid est assiégé et le gouvernement qui résidait jusque-là dans la capitale, part rapidement s’installer à Valence. Ce départ précipité ne fait que renforcer l’impression de désordre qui se dégage de la défense gouvernementale depuis le début de la guerre civile. En effet, si les troupes nationalistes semblent supérieures c’est parce qu’elles apparaissent alors comme réellement mieux organisées. Dans les rangs des légitimistes, la division règne en maître du fait de la cohabitation des différents partis. Car s’ils combattent dans un même but, repousser l’ennemi commun, leurs idéologies ne sont pour autant pas identiques et même au-delà, pas compatibles pour certaines. Les anarchistes et les communistes créeront par exemple des affrontements sanglants et les tensions s’accumuleront, divisant ainsi des hommes au sein d’un même front. De plus, les volontaires des Brigades internationales et les espagnols eux-mêmes ne sont pas des militaires de métier et font face à des professionnels aguerris. Il y a là largement de quoi les effrayer, et à juste titre. Néanmoins, et contre toute attente, vers fin décembre, le siège de Madrid se solde par un échec. Les franquistes, piqués, bombarderont la ville par aviation durant plusieurs jours d’affilés, détruisant et tuant sans distinction aucune. Quant aux instabilités politiques, elles sont toujours présentes en cette fin de 1936 : le gouvernement au pouvoir est destitué et c’est le socialiste Francisco Largo Caballero qui est désigné comme nouveau chef du gouvernement, ainsi que comme ministre de guerre.

La deuxième année de conflit débute tandis que les nationalistes continuent sensiblement de gagner du terrain et leur avancée se poursuit sous le commandement du général Mola jusque dans le nord du pays, au Pays basque et dans les Asturies. Le 26 Avril 1937, l’aviation nationaliste rase la ville de Guernica et le 19 juillet c’est Bilbao qui à son tour tombe aux mains des rebelles. Il ne reste alors aux Républicains qu’une faible portion de territoire : la Catalogne, la région de Valence et la ville de Madrid, qui sera la dernière à capituler. Dans un dernier espoir, ces derniers tentent une offensive par la mer. Celle-ci se soldera par un rapide échec puisque les navires de Francisco Franco contrôlent toutes les côtes.

Durant l’été 1938, ce même général qui a depuis longtemps pris le commandement des rebelles prépare son ultime attaque, celle qui décidera du sort immédiat de l’Espagne. Durant quatre mois, les différentes troupes se battent sur la frontière de la Catalogne mais le 15 novembre, ce sont les milices républicaines qui capitulent. A partir de là, plus rien ne peut arrêter l’insurrection, Barcelone tombe le 26 janvier 1939.

Les armées du gouvernement et une partie de la population se replient alors dans un désordre monstrueux, abandonnant la ville et tentant par tous les moyens de s’enfuir vers les frontières françaises.

Le 28 mars de la même année, Francisco Franco fait une entrée triomphale dans Madrid, organisant moult défilés en son honneur et en l’honneur de cette guerre qu’il mena. Cette guerre civile qui fit plus d'un million de victimes, 145 000 de guerre, 134 000 fusillés et enfin 630 000 morts de maladies. Qui obligea aussi plus de 400 000 espagnols à s’exiler, pour la plus part en France, mais aussi en Angleterre, au Mexique et en URSS. Le régime franquiste remporta donc la victoire, soit, mais ce fut dans un pays complètement ruiné et détruit.

La guerre civile passionna les opinions publiques, et vit l'engagement de nombreux intellectuels et artistes auprès des combattants, dont Ernest Hemingway ou encore André Malraux.

Le 1er avril, l’armée des rouges est vaincue ainsi qu’emprisonnée. Les troupes nationales ont alors atteint le dernier objectif militaire qu’il leur restait, cette guerre cruelle durant laquelle tous les coups étaient permis est bel et bien finie.

Pourtant, le souvenir de cette guerre où les populations étaient réduites à la misère et étaient harcelées par des bombardements incessants est encore bien présent dans nos mémoires. Et dans quelques générations, lorsqu’il ne restera personne pour en témoigner, il le sera encore.

Pourquoi ? Mais grâce aux artistes, qu’ils soient déjà célèbres ou bien totalement inconnus à l’époque. C’est bien grâce à eux que cette période ne sera pas seulement présente dans l’histoire, mais aussi dans nos mémoires et dans nos cœurs.