La portée de ce soulèvement

               

Une autre photographie de Robert Capa. 

 

              Nous avons pu constater, en nous attardant sur ces différentes œuvres, qu’il n’y avait pas qu’une seule façon de transmettre ses idéaux, ses indignations. En effet, les artistes ont tous su le faire à leur propre manière, avec  leurs regards et leurs domaines de prédilection. Néanmoins, toutes ces œuvres avaient un but commun : faire réagir. Nous allons donc voir maintenant quelle portée ont eu ces réalisations variées sur le moment-même et ce que l’on en garde de nos jours.

 

                Juste après leurs réalisations, ces œuvres n’ont pas réussi à faire changer les mentalités des dirigeants politiques mondiaux. Chacun a campé sur ses positions et cela parce qu’un enjeu bien plus important se jouait alors. En effet, nous nous trouvons à la veille de la seconde guerre mondiale et les principaux belligérants de celle-ci étaient alors concernés par la Guerre d’Espagne. Puisque les deux grands dictateurs fascistes, Hitler et Mussolini, avaient choisi de soutenir Franco, apporter son propre soutien au camp républicain revenait à leur faire une sorte d’affront. Or, en ces temps troublés, le dirigeant allemand n’avait nullement besoin d’un motif supplémentaire qui aurait augmenté son désir de domination. En effet, la communauté internationale était dans une instabilité totale et la plupart des pays ont donc tenté en vain d’éviter le conflit mondial. Les œuvres réalisées par leurs contemporains n’ont donc nullement influencé les politiciens qui se préoccupaient alors de sauver leurs propres citoyens. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas réalisé que l’Espagne était une sorte de terrain d’entraînement pour les deux dictateurs qui testaient alors leurs stratégies ainsi que leurs nouveaux armements et ont ainsi facilité la tâche à leurs ennemis. C’est pourquoi tout au long de la guerre, et malgré les interventions de nombreux intellectuels de l’époque, les soutiens n’ont nullement changé : l’URSS aidait les républicains et l’Italie et l’Allemagne les nationalistes tandis que la France et l’Angleterre respectaient le pacte de non-intervention.

Mais cette guerre eut un impact beaucoup plus fort au niveau de la population mondiale : elle divisa et passionna les opinions. Quant elle ne connaissait pas encore la situation c’était principalement à cause de leurs gouvernements qui tentaient tant bien que mal de l’ignorer. Ce sont donc les artistes qui se chargent pour eux de plaider la cause de la péninsule ibérique qui tombe peu à peu aux mains des fascistes. Car certaines paroles, telles celles de Picasso, étant déjà lui-même très célèbre, ont un poids certain sur ses contemporains. Car voir ainsi les différents artistes et intellectuels de l’époque prendre parti pour un camp fait forcément naître des interrogations dans les esprits. L’indignation de la population s’est d’ailleurs probablement accentuée lors de l’exposition internationale de Paris, qui a eu lieu courant 1937. En effet, le tableau de Pablo Picasso que nous avons étudié précédemment,  Guernica, y étant exposé, les visiteurs ont alors pu se rendre compte de la dimension horrible de cette Guerre. Les évènements se passant tout de même relativement loin d’elle, la population ne réalisait probablement pas réellement. Ainsi, ils ont été obligés de regarder en face le visage de l’Espagne, totalement défiguré par la mort. De plus, si des auteurs tels qu’Hemingway, qui a écrit Pour qui sonne le glas, roman s’inspirant de son vécu journalistique durant la Guerre civile espagnole, s’engagent dans les Brigades internationales, c’est qu’il y a là une réelle cause à défendre. Cela explique en partie l’engouement des jeunes gens du monde entier qui, comme leurs modèles intellectuels, se sont engagés dans ces brigades. La population était aussi sensibilisée aux dons par certaines œuvres, telles que l’affiche de Miro que nous avons vu plus tôt dans notre TPE. Ainsi, le gouvernement de la péninsule ibérique a pu acheter une quantité plus conséquente de matériels de guerre.

Quant à la population espagnole, elle ne s’est pas réellement rendue compte du soutien que lui apportaient les artistes. Car tout d’abord, durant la Guerre civile, c’est tout le territoire qui est mis à feu et à sang : la seule préoccupation devient alors de survivre. Une économie de guerre est mise en place et la population ne se rend plus dans les lieux de culture, elle se contente d’acheter de quoi manger et de trouver un endroit où être en sécurité. Il faut aussi savoir que par la suite, sous le commandement du Général Franco, la censure était très forte. Ainsi, la population n’était que très peu au courant de l’opinion internationale sur la situation de son pays.

Même si les artistes ne pensaient probablement pas, à l’époque des faits, à la postérité de leurs œuvres, l’engagement de ces nombreux intellectuels a contribué à lui faire acquérir une dimension légendaire et internationale qui perdure encore. Leurs réalisations permettent aujourd’hui d’illustrer l’histoire et d’exercer notre devoir de mémoire grâce à l’organisation ponctuelle d’expositions rassemblant les différentes peintures et sculptures. De plus, comme chaque soulèvement artistique, cet engagement, qui a poussés les peintres à produire de nombreuses œuvres, a permis de faire progresser les mouvements artistiques présents ainsi que la création de production maintenant incontournables.

                  Ainsi, ce soulèvement artistique n’a peut-être pas pu remonter le moral de la population espagnole mais il l’a sans aucun doute aidée car il a permis de rendre sa situation mondialement connue.